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Samedi 20 Décembre 2008 à 15:26

Publié par MENEGMJFICTIONS dans Articles par défaut

Dysfonctionnement du système, je ne parviens ni à consulter vos blogs, ni à expédier mes messages. Merci pour vos commentaires, vos petits mots et vos voeux. Amitiés à toutes et à tous, Marie-Josèphe

 Savoir dire non, et suivre le vent 

 

 

J’aimerais, avoir le non à la bouche, pré-enregistré, qui viendrait en mon nom, répondre à toutes les sollicitations du quotidien. Savoir refuser de n’être utile qu’aux autres, avoir le talent, certaines fois, mais pourquoi pas toujours, de n’exister au monde qu’à son seul profit : ah, posséder ce don.

Ne pas donner le refus épuisé, qui n’y croit pas lui-même, ni le refus hargneux, ni le “Nan !” imbécile, pas plus un regard détourné, aucune inélégance, savoir rester courtoise, et dire non, simplement convaincue d’être dans son bon droit. Respecter sa propre vie au point de ne pas la distribuer aveuglément pour mieux nourrir l’égoïsme d’autrui. Refuser à la culpabilité de noyer notre existence sous les besoins narcissiques des ingrats patentés.

Redresser la tête, affirmer bien haut son inacceptation.

Le mot n’est pas joli, sans pour autant m’être insupportable car il me semble juste. Inacceptation d’offrir aux quémandeurs la plage de nos vacances pour sustenter leurs exigences. Inacceptation de me plier en quatre sans en faire l’étalage, car mon dévouement souriant atténue sa propre valeur.

Inacceptation de me voir interdits les songes inconsistants, les rêveries sans but, les folies bienfaisantes. 

Je veux m’offrir des joies, avant d’aller en distribuer à des enfants gâtés qui, de sept mois à cent sept ans, n’ont qu’une idée en tête, se servir des pauvrets handicapés du non.

Si le vent passe à ma portée, qui souffle à mes oreilles une invitation à vagabonder, je dois le suivre.

Quand d’une bourrasque, il m’entraîne un peu fort loin de mon quotidien, pour lui, il me faut être libre.

Puisque dans ses parfums de grand large, il me fait le cadeau d’un air marin, je ne peux lui refuser tout mon temps, mon bonheur.

Parce que je désire retrouver mon fantasme, à quelque heure du jour où j’en ai terminé avec mes obligations d’adulte responsable, fermer l’oreille aux appels égocentriques des uns et des autres n’est pas un péché, mais un devoir auquel je suis tenue envers moi.

Pour avoir dessiné un fabuleux décor où me retrouver seule, j’ai mérité de m’y réfugier autant que je le désire.

Marcher sur mon littoral, m’endormir dans la chambre inventée, siroter un bol de café clair au café de mon port, l’esprit convaincu que l’univers entier de ma folie n’a pour raison d’être que le soin de mon âme : preuve que savoir dire non peut être profitable sans pour autant créer le mal.

Les capricieux s’y feront, les généreux me comprennent.

Je ne dois à personne ce que je ne serais pas en mesure d’apporter à moi-même.

Ma côte inventée cautérise mes plaies, ressource ma vie. Comment, pourquoi et pour combien de temps ? Inutile de s’en inquiéter, le temps prendra son temps.

Pour l’heure, je tends la main avec un belle adresse, je m’agrippe à un petit coup de vent qui file vers le large. Il m’emporte, tout chantant, vers son aire de jeu favorite, la mer de côte rocheuse.

Déposée sur mon haut rocher rond, je reste, nonchalante, à contempler ses ébats plein de vie, des courses avec les vagues folles, presque autant que moi, qui jouent à saute mouton sur les écueils au pied de mon socle.

Je jouis d’un plaisir simple, qu’un oui m’aurait refusé, en m’astreignant à la réalité. J’ai dit non, ce soir, et je m’en rends grâce, c’est un moment de bonheur, que l’échappée solitaire dans le monde de ma raison ponctuellement insoucieuse.

 

Marie-Josèphe Ménégon


Oiseaux migrateurs

 

Ces jours-ci, profitant d’un radoucissement inespéré pour la saison, je suis retournée m’asseoir sur le rocher le plus rond à l’extrémité de la plage. Je suis la mouette songeuse de ce coin de littoral, seul spécimen de mon espèce, vouée à l’extinction.

J’ai retrouvé l’allure nonchalante de ma promenade en boucle sur le sable dur. Dans un sens, la silhouette du port en contre-jour, et retour, l’amas de roches rouges dont l’une est mon perchoir attitré.

Ce midi, je m’avançais avec une lenteur remarquable. Que ferait le temps, s’il existait ici avec le décompte usuel des minutes, des heures ? Je m’interrogeai, avec désinvolture, drapée dans la désaffection de mon corps fatigué, dont la seule volonté était de se mouvoir en oubliant ce qui le liait encore à l’attraction terrestre. Car lui ne recherchait que l’oubli de la douleur, à nier la lassitude.

Dédaigner cette dernière me parut le meilleur moyen de la voir disparaître. Une réflexion qui n’avait, je l’admis, que la platitude dont était coupable mon cerveau réellement malmené par le manque de sommeil...

Je songeais, flânant, aux mouvements des oiseaux de la plage, du port, et je remarquai, observation impromptue, que certains qui visitaient le quai ne se rencontraient pas sur la plage. Il me revint notamment à l’esprit une grosse machine volante, brunâtre avec des pattes jaunes, que je n’avais encore jamais vue, qui s’était posée un instant ce matin, sur une bitte dépourvue de cordages.

Enfin, rien de particulier, le plaisir de le noter, de me poser quelques questions à son sujet, et l’oiseau avait repris son vol, dans un déploiement incroyablement élégant d’une vie à l’état sauvage dont je me trouvais totalement ignorante. Mon regard s’était accroché à lui aussi longtemps que ma pauvre vue de myope m’avait permis de le faire. C’était un vol simplement magnifique, lent dans le battement des ailes, rapide dans le déplacement. 

Je n’ai jamais vu d’albatros, dont on dit, qu’au sol, leur envergure est une gêne, alors que le royaume de l’air est leur élément où ils seraient les rois de la puissance et de la force tranquille. 

Peut-être en avais-je croisé un, cela restait à vérifier. 

Je suis à présent allongée sur le sable. J’ai manqué du courage qui m’était nécessaire pour grimper une seconde fois aujourd’hui sur mon rocher. Cet endroit de la plage est doux, tiède, balayé par un vent taquin qui envoie des grains fins chatouiller mon visage, mes paupières fermées. Je reprends mon souffle crispé par l’effort de la marche hésitante, comme une vieillerie pugnace qui se refuse à accepter l’inéluctable, j’ai surpassé les capacités de mon organisme. Je suis échouée là, immobile, sinon figée, et je ne repartirai pas sans avoir eu la capacité, auparavant, de jouir du plaisir de ce air marin.

Au raz du sol, la fraîcheur de l’air est moins piquante, je profite à satiété des rayons du soleil hivernal. Les oiseaux semblent s’élancer plus haut dans le ciel, leurs cris parviennent, à mes oreilles, comme éloignés, atténués dans les aigus. Et les parfums mêmes, changent d’intensité. Puissants, ou doux, les embruns sont composés de nuances différentes qui parsèment l’air de molécules toujours mouillées, mais différemment salées. Plus proches, les paquets de varech mixent aux herbes sèches du littoral des senteurs indigènes qui, yeux fermés, oreilles bouchées, laisseraient reconnaître sans risque d’erreur leur identité bretonne. Ce sont des parfums d’eaux tempérées convenablement battues par les marées.

Minute après minute, mon corps s’est fait oublié. Je me redresse sur un coude, éloignant mes yeux du vent courant à la surface du sable, je peux les ouvrir à la vue marine imprenable. Instant de bonheur pur, lorsque le silence vibre du seul chant du ressac, bouillonnement de la vague à l’échouage, frichti de son recul. Quelques accords plaqués très secs : des goélands se font la voix.

Mer, ciel, teintes variables à l’infini du décor peint dans les couleurs froides dont mon cœur de lave se rafraîchit. Tous les bleus et les verts si nécessaires pour apaiser le flux tumultueux de ma passion de vivre. Oui, minute après minute, mon âme sent les liens qui la retiennent desserrer leur étreinte. Elle s’ébroue, allégée, libérée, et, dans un battement de sérénité, rend grâce aux eaux purificatrices. 

Tout en moi s’apaise. Mon esprit se réconcilie avec sa réflexion sur l’existence. Mon corps ne ressent que palpitations joyeuses et insouciantes. Mon cœur aime tranquillement, profondément, le rythme de son pouls. Je vis. Il n’est rien de mieux, aucun sentiment plus beau que le plaisir de vivre. 

Je me laisse aller à nouveau, entièrement étendue sur le sable. La brise est retombée, je garde les yeux ouverts. 

Je m’élance paisiblement pour un vol en plané dans la douce immensité du ciel de mer. 

 

Marie-Josèphe Ménégon


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